Saint Temple

Temple de Salomon : Extrait du Tapis de la Loge d'Apprenti du Rite Ecossais de Stricte Observance, 1764.
Temple de Salomon : Extrait du Tapis de la Loge d’Apprenti du Rite Ecossais de Stricte Observance, 1764.

Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem : Le Saint Temple

David souhaite construire une maison à JHVH, le Dieu d’Israël : un temple pour abriter l’arche d’alliance qui est elle-même appelée « la Demeure de JHVH » et où Dieu réside. Il fait venir l’arche depuis Qiryat Yearim où elle est gardée depuis 70 ans par les Gabaonites, dans le « Grand haut lieu », sur la montagne de Gabaon (1), et la place sous une tente à Jérusalem. Mais JHVH n’accepte pas que ce soit David qui fasse construire le temple, car il a fait couler trop de sang.

Salomon, son fils, réalise son souhait : il commence la construction du Temple en 959 av. J.-C. (2) dans la quatrième année de son règne. La construction dure sept ans. Hiram, roi de Tyr, en Phénicie, lui envoie du bois, des charpentiers et des tailleurs de pierre recrutés à Guébal-Byblos ; ses habitants, les Giblites, sont en relation commerciale fort ancienne avec l’Egypte et fournissent également des travailleurs expérimentés aux Egyptiens. De plus Salomon fait appel à Hiram-Abiff, maître bronzier.

Le Temple est décoré de deux colonnes placées à l’entrée: Booz au Nord, Jakin au Sud.

Il est construit selon un plan en trois parties : d’abord le porche (ulâm), situé derrière une double porte, puis la grande salle (hékâl) et enfin le Saint des Saints (debir), fermé par une porte et plongé dans l’obscurité, dans lequel repose l’arche d’alliance, qui est le lieu de manifestation de la Shekinah, présence réelle de Dieu sur terre.

Les trois premiers grades du Rite Ecossais de Stricte Observance, se rapportent à cette édification. Le Temple, placé dans l’enceinte du palais royal, est l’image du ciel fixé sur terre. C’est une image du Saint Palais ou Palais intérieur point d’origine des six directions (3). Ces six directions permettent de définir n’importe quel point d’un espace en trois dimensions. Le tapis de loge sous le symbole du Temple de Salomon est, à la manière d’un mandala, une représentation du monde.

Salomon réunissant en une seule personne l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel y officie comme Roi et Prêtre Suprême ; vingt siècles plus tard, sur le même lieu, prend naissance l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon qui, en tant que chevaliers et moines, seront les derniers représentants occidentaux de l’union des deux pouvoirs royal et sacerdotal. Le maître de la loge maçonnique est installé dans la chaire du Roi Salomon (4).

En 586 av. J.-C. Nabuchodonosor détruit le Temple et déporte à Babylone le peuple de Jérusalem. Mais, dès avant 586 av. J.-C., on perd la trace de l’arche. Elle est probablement cachée pour éviter qu’elle ne tombe entre les mains des envahisseurs babyloniens. On évoque le nom de Jérémie et la possibilité d’une cache dans le mont Nébo (5). Le prophète Ezéchiel a une vision du Temple réédifié selon un plan idéal. En 538 av. J.-C., Cyrus l’Achéménide autorise les déportés à rentrer en Palestine. Sous la conduite de Josué et Zorobabel, et avec l’accord des prophètes Aggée et Zacharie, les Juifs reconstruisent le Temple ; mais, faute de moyens, il ne retrouvera jamais sa splendeur passée. Les grades de Maître Ecossais (ou Ecossais Vert) et de Chevalier de l’Epée (ou de l’Orient) se rapportent à cet épisode de l’histoire du Temple. L’arche d’alliance n’est plus présente dans le Saint des Saints, seule une dalle de pierre rappelle son emplacement. C’est la pierre shethiyah ou pierre fondamentale qui marque le « Centre du monde », point de chute de la pierre noire qui n’est pas sans rapport avec la lapsit exillis ou pierre issue des cieux de Wolfram von Eschenbach. En 168 av. J.-C., le Séleucide Antiochus Epiphane pille le Temple et y installe une idole. Il est de nouveau purifié en 164. C’est l’origine de la fête de la Dédicace. En 63 av. J.-C., les Romains prennent Jérusalem. Hérode devient roi et entreprend en 20 av. J.-C. des travaux considérables afin de lui redonner tout son faste. Ceux-ci durent jusqu’en 64 ap. J.-C. En 66 ap. J.-C., une insurrection des Juifs est écrasée par les Romains; en 70, Titus assiège les derniers défenseurs réfugiés dans le Temple. Au cours des combats un incendie éclate et le détruit totalement. Seuls furent sauvés et ramenés à Rome le chandelier à sept branches, la table des pains de proposition et les trompettes sacrées. Le Temple physique est détruit mais, selon la parole évangélique, il aura suffi de trois jours pour que le Christ, par sa résurrection, le reconstruise. Le grade de Chevalier de l’Aigle Souverain de Rose-Croix en développe le symbolisme.

En 638, le calife Omar occupe Jérusalem. En 687, Abd-el-Mélik fait édifier sur l’emplacement du Rocher la « mosquée d’Omar » ou coupole du Rocher. En 780 est achevée la mosquée el-Aqsa au sud de l’esplanade.

En 1099, les croisés s’emparent de Jérusalem ; ils transforment les mosquées en églises. La mosquée el-Aqsa devient le Templum Domini et figure sur les sceaux templiers et sur l’emblème de la troisième province de l’Ordre. Les Templiers se voient attribuer la partie sud de la colline du temple (6) qui comporte en particulier les fameuses « Ecuries de Salomon » (7) Les grades de Novice, de Chevalier du Temple et de Chevalier Profès reprennent les rituels initiatiques chevaleresques de la branche « militaire ».

En 1187, après le désastre de Hattin, Saladin reprend la ville.

Le tableau de loge aux trois premiers grades se rapporte clairement à la vision idéale du Temple de Salomon qui, comme celui d’Ezéchiel (8) comporte trois portes : l’une fermée située à l’Est, les deux autres ouvertes situées au Nord et au Sud. Cette image idéale du Temple renvoie à la notion de Jérusalem céleste qui doit descendre des cieux à la fin des temps et où Dieu réside (9). Le Cléricat Templier avec les grades de Postulant, de Novice et de Chanoine se placent ici.

La Shekinah repose au cœur du Temple et elle est assimilée à une lumière (10) « La ville peut se passer de l’éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau lui tient lieu de flambeau » (11) La Shekinah est présence divine et selon la parole : « Lorsque deux ou trois seront rassemblés en mon nom Je serai au milieu d’eux » (12).

Le Temple de Salomon est « Centre du Monde », représentation symbolique du cœur de la tradition juive et par là même de la tradition chrétienne, image du ciel sur la terre. Il est la représentation du centre spirituel de la chrétienté. Les « Gardiens de la Terre Sainte », ainsi que se nommaient les pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, en assurent la garde. De même que « le peuple juif est le corps et le sang du Christ » (13) le Temple de Jérusalem est le Christ lui-même, selon la parole : « Détruisez ce Temple et en trois jours je le reconstruirai ». Si le Temple n’a jamais été reconstruit, c’est que le Christ lui-même est le Temple et que par sa résurrection il l’a réédifié pour l’éternité. C’est le cœur de l’homme qui doit l’accueillir. Le pire blasphème résiderait dans une volonté humaine de reconstruire un édifice de pierres sur l’emplacement du Temple. Il serait une négation de la divinité du Christ, la concrétisation du rejet de son message, un enfoncement dans la matérialité et, stricto sensu, un renversement anti-christique des valeurs. Le véritable travail consiste à tailler les pierres que nous sommes, pour leur permettre de prendre place dans l’édifice sacré qu’est le corps du Christ

Un « Centre Suprême » ou « Terre Sainte » est toujours protégé par une triple enceinte. Les Templiers furent appelés « gardiens de la Terre sainte » (14) ce qui n’est pas sans rapport avec la « chevalerie du Saint -Graal ». L’édifice du Temple avait été conçu pour contenir l’arche d’alliance. L’arche elle-même était destinée à recevoir un certain nombre d’objets sacrés dont l’un était une coupe. Cette coupe contenait un objet d’origine non humaine (15). La structure trinitaire de protection se dégage ici très nettement : d’abord le temple, puis l’arche, enfin la coupe.

Il est intéressant de noter que la construction est en rapport avec les métiers artisanaux, que l’arche, étant utilisée par l’armée d’Israël pour obtenir la victoire au combat (16) peut se rapporter à la chevalerie (17) et que la coupe, présente sur l’autel au cours du sacrifice de la sainte messe, est à mettre en relation avec le sacerdoce.

  1. 1 Chroniques 21, 29.
  2. Une ancienne tradition maçonnique des constructeurs écossais situe le début de la construction le 2 avril.
  3. Sepher Ietsirah. On retrouve ce symbole sur certains sceaux templiers sous la forme de l’escarboucle ou étoile à six rayons. Ces six directions sont le septentrion, le ponant, le midi, le couchant, le zénith et le nadir.
  4. Selon les Eglises chrétiennes orthodoxes tout baptisé dans le Christ est Prêtre, Prophète et Roi.
  5. On trouve aussi le symbole de l’arche d’alliance dans la maçonnerie du Grand Chapitre de Clermont.
  6. Le Temple de Salomon était le lieu de manifestation des influences spirituelles et l’Arche y jouait un rôle de « condensateur » (cf. René Guénon , L’erreur spirite , p. 58, Ed. Traditionnelles, 1984.) C’était un véritable centre de forces et sa situation géographique ne devait rien au hasard. En sachant cela, on mesure pleinement l’extrême importance du choix de ce lieu par les Templiers, aussi bien pour s’y établir que pour en incorporer le nom dans l’appellation de leur Ordre.
  7. Cf. l’article « Les Templiers à Jérusalem », de Jehan de Ais in la revue Templarium n°1 avril-mai-juin 2002.
  8. Cf. André Parrot, « Le Temple de Jérusalem » in Cahiers d’Archéologie Biblique n° 5, p.47, Ed. Delachaux & Niestlé.
  9. Apocalypse de Jean 22, 3-5.
  10. Cf. René Guénon, Le Roi du Monde, chap. III, p.23, Ed. Gallimard, 1985.
  11. Apocalypse de Jean 21, 23.
  12. Il remarquable de noter qu’une loge ne peut être ouverte que si trois Maîtres maçons sont présents.
  13. Paroles de Saint Bernard condamnant les massacres de Juifs en Europe.
  14. Cf. René Guénon, Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, p.50, Ed. Traditionnelles, 1988.
  15. Cf. Visions d’Anne-Catherine Emmerich sur la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, t.1, p. 9 , Ed. Tequi, s.d.
  16. 1 Samuel 4, 3.
  17. La Shekinah dont le lieu de manifestation est l’Arche est l’équivalent à certains égards de la Shakti hindoue aspect féminin de la Divinité ; et l’on sait l’importance de l’élément féminin dans toute initiation chevaleresque.