2016 cahier n°13 : L’acte de renonciation du 21 août 1782

2016 cahier n°13 : L’acte de renonciation du 21 août 1782

1782, l’année du Convent de Wilhelmsbad, une date très importante dans la vie maçonnerie du dix-huitième siècle.

Ouvert dans le cadre de la Stricte Observance de nombreuses provinces étaient représentées : la première, la deuxième, la troisième, la cinquième, la septième et la huitième province de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem. 34 délégués étaient présents lors de ce convent. Mentionnons que 17 délégués étaient de foi catholique et 17 étaient de foi protestante et 22 délégués appartenaient à la noblesse et 12 à la bourgeoisie. Dans la représentation par nationalité nous notons la présence de 14 allemands, 9 français, 2 italiens, 2 suisses, 3 hongrois et 1 danois.

Trois grands courants étaient représentés :

  • Le 1er groupe dont le chef de file était Friedrich Schwartz représentait surtout les rationalistes du siècle des lumières, proches des « illuminés » qui demandaient le retour à une maçonnerie symbolique chrétienne, une abolition de la Légende templière.
  • Le deuxième groupe avec comme chefs de file principalement le baron Dietrich Von DitfurthChristian BodeAdolphe de Knigge étaient partisans du courant hermétiste-alchimique et voulaient maintenir la tradition templière et son cérémoniel templier conservant toujours « en rêve » la reconstruction de l’Ordre du Temple Templier. Ils étaient aussi en relation assez étroite avec le système rose-croix.
  • Le troisième groupe dont Jean-Baptiste Willermoz était le chef de file représentait un courant mystique, spiritualiste et martiniste. Il désirait abandonner la référence à l’Ordre du Temple mais conserver les formes rituéliques chevaleresques. Des « individualistes » avaient rejoint également ce groupe avec plus particulièrement Joseph de Maistre et son « mémoire inédit au Duc de Brunswick. »

De très nombreux débats ont eu lieu dont celui sur « l’acte de renonciation. » C’est au cours de la huitième séance que l’on décida d’abandonner complètement la légende de la filiation à l’Ordre du Temple. On raya ainsi d’un trait les « discours » de Von Hund sur l’origine de l’Ordre et son parcours « maçonnique » et chevaleresques au sein de l’Ordre. On supprima également toutes mentions des supérieurs inconnus. Et par un acte solennel « L’ACTE DE RENONCIATION » on écrit : déclarons et testifions que jamais, en aucun cas, nous voulons reconstituer un Ordre du Temple […] et que nous ne prétendons aucunement à la succession de ses biens d’autrefois.

Si nous regardons de près les termes de cet acte de renonciation nous pouvons nous poser la question suivante : A quoi, finalement, a-t-on renoncé par cet acte ? Est-ce simplement au désir de restauration temporelle de la stricte observance ? En effet nous pouvons constater qu’il n’y a pas eu d’altération des rites chevaleresques de la Stricte Observance par le Rite Ecossais Rectifié.

Le Rite Ecossais Rectifié transmet bien ce que transmettait la Stricte Observance c’est à dire une véritable influence spirituelle, cela permettant d’ailleurs au Rite Ecossais de Stricte Observance de continuer de « vivre » au cœur même du Rite Ecossais Rectifié. Les rituels du Rite Ecossais Rectifié, les instructions, les divers documents existants postérieurs à 1802 n’ont jamais cessé d’affirmer à l’usage de leurs membres le lien que possède le Régime Ecossais Rectifié avec les ordres chevaleresques en général et du temple en particulier.

Suite à la question de Salzmann : Qu’est-ce que nous voulons être, ou plutôt qu’est-ce ce qu’il faut que nous soyions ? et la question de Jean-Baptiste Willermoz : Quel pourrait être le système par lequel les divers composants de l’Ordre peuvent être réunis sans danger et de la meilleure façon ? Les débats s’orientent en quelque sorte vers la création d’un nouvel Ordre Maçonnique.

Le système « conçu » par Jean-Baptiste Willermoz dit système de Lyon eut donc le dessus et orienta les débats vers un renouveau d’Ordre.

La décision d’abolir la légende templière le fut avec une majorité de 17 voix ainsi que l’abolition de l’organisation structurelle de la stricte observance mais à l’unanimité une grande majorité voulut tout de même maintenir la signification symbolique de l’Ordre du Temple et les formes chevaleresques. Ce fut donc une victoire du Duc Ferdinand de Brunswick et de Jean-Baptiste Willermoz.

La question du plan économique fut également soulevée et il fut décidé d’abandonner toute référence à ce plan économique de Von Hund. Ce dernier voulait-il vraiment récupérer les biens du Temple (immeubles et autres effets) pour son Ordre ? La réalité des études montre bien que ce ne fut pas le cas. Notons que le plan économique conçu par Von Hund aidé en cela par Schubart de Kleefeld eut un immense succès. C’est par des cotisations importantes et variées que selon Von Hund l’Ordre pourrait avoir un prestige et une présence comparable à celui de l’Ordre du Temple.

Les rituels des trois premiers grades furent écrits, la rédaction d’ailleurs confiée à Jean-Baptiste Willermoz pour l’écriture du grade de Maître-Ecossais, à Jean de Turckheim pour celui du grade de Novice et à Virieu pour le grade de Chevalier. Mentionnons que les rituels définitifs ne furent définitifs que 26 ans après ce convent.

Le but principal de l’Ordre fut la bienfaisance et le but de chaque franc-maçon devait être la recherche du grand architecte de l’Univers, suivant finalement de façon très claire la formule de Saint Martin : à l’intérieur la recherche de Dieu, à l’extérieur la bienfaisance.

Quelles sont les conséquences de ce convent et de cet acte de renonciation ? Tout d’abord, les décisions de ce convent sont tout à fait valables. Le système de Lyon, issu du convent des Gaules de 1778 s’était déjà fortement propagé dans la Stricte Observance en France et se montrait comme le système qui remplaçait la légende templière de Von Hund avec toujours dans chaque grade une révélation secrète qui sera apportée.

Les grandes question que nous pouvons nous poser pourraient être les suivantes :

  • Les réformateurs de Wilhemsbad furent-ils trop intéressés par la continuité de la Stricte Observance sous une autre forme et trop peu par la spiritualité intrinsèque nouvelle qui se dégageait ?
  • Jean-Baptiste Willermoz et les siens n’ont-ils pas « infusé » dans le Rite Ecossais Rectifié, (deux fois rectifié !) les principes qu’enseignait un seul rite maçonnique vraiment construit avec des formes déjà très précises, c’est à dire celui la Stricte Observance, en y fixant le vrai but de l’homme et du maçon avec les voies qui y conduisent ? Et c’est dans la liberté que chaque maçon choisira sa voie en toute connaissance de cause.
  • Jean-Baptiste Willermoz n’a-t-il pas en fait défendu le système de Stricte Observance en l’englobant dans un autre système maçonnique qui, à l’étudier de près, lui ressemble plus qu’étrangement ?
  • A-t-on alors encore le droit de penser que « le soyeux de Lyon » fut le fossoyeur de la Stricte Observance mais ne serait-il pas plutôt le « régénérateur » d’une Stricte Observance plus proche de son époque et de la « religiosité » qui participait à la philosophie de cette fin du dix-huitième siècle ?
  • Epervier, Pélican, Phénix, nouvelle signification d’une forme de l’ésotérisme de la Franc-maçonnerie et de sa finalité ?