2017 cahier n°14 : Aspects alchimiques des rituels dans l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem.

2017 cahier n°14 : Aspects alchimiques des rituels dans l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem.

Le quatrième grade se révèle bien plus alchimique qu’il n’y paraît au premier abord ; plus, sans doute, que les trois précédents, discrets sur ce sujet, mais dont la teneur hermétique est indéniable, ce qui sera évoqué plus loin.

A ce degré, un clin d’œil au nombre quatre, ou mieux « un plus trois, » semble incontournable (rappelez-vous l’unité de la trinité, et la trinité de l’unité, selon Bernard le Trévisan.) On parle toujours de trois œuvres alchimiques ; or, logiquement, il devrait y en avoir quatre, autant que d’éléments.

A l’époque de Mylius, l’alchimie comportait quatre œuvres, et dans son ouvrage « Philosophia reformata », cet auteur donne, bel et bien, quatre stades du processus intégral. Comme Héraclite, il décrit les phases : melanosis, l’œuvre au noir ; leukosis, au blanc ; xanthosis, au jaune ; et enfin iosis, au rouge. C’est aux environs du quinzième siècle que l’œuvre au jaune fait place à une « œuvre au vert », bien plus logique, à mon avis.

  • Le noir représente la Terre enrichie de sa propre putréfaction, l’Antimoine ou encore la materia prima ;
  • Le vert était, à l’époque, l’Eau ou le Lion de même couleur ;
  • Le blanc est traditionnellement l’Air ou les Aigles, symbole des purifications rendant la matière volatile ;
  • Et le rouge, le Feu ou le Lion rubescent, qui deviendra, au stade ultime, « Phénix. »

J’ai un faible pour cette répartition, mais il faut bien se plier aux exigences du plus grand nombre !

La « quadrature du cercle » peut, elle aussi, rappeler le nombre quatre, et de ce fait, posséder une dimension alchimique certaine. Selon le « Plan Divin », l’esprit symbolisé par un cercle doit s’intégrer au matériel, et cette matière, figurée par un carré, se spiritualiser afin de se fondre dans des vibrations de plus en plus fines ; comme l’aigle, elle pourra, par là-même, prendre son envol.

Le célèbre moine franciscain et alchimiste Roger Bacon, disait au treizième siècle : Il faut que le corps devienne esprit et que l’esprit devienne corps […] C’est là, la solution de l’œuvre. Cette pensée confirme bien le fait que l’alchimie doit être appliquée à soi-même, l’alchimie « spirituelle » s’entend.

Cherchons, à présent, dans les rituels de notre Ordre, les passages qui évoquent cette science des « transmutations. » Ils sont si nombreux, qu’il est difficile de les décrire tous. Aussi ne verrons-nous que les plus importants.

  • Lors de la réception d’un profane, le dépouillement des « métaux » prend le sens général de détachement des richesses, du matériel ; mais il évoque aussi l’idée d’une séparation, d’une dissociation des éléments métalliques. Ceux-ci, d’abord désunis, seront purifiés avant d’être réunis à nouveau, pour favoriser un mûrissement salutaire.
  • Sur le tapis de loge d’Apprenti et de Compagnon, sont figurées trois pierres ; la première, comme l’indique la formule V.I.T.R.I.O.L., est « la pierre brute cachée à l’intérieur de la terre » ; c’est aussi la terre noire ou le mercure originel, toutes ces notions symbolisant une même et unique chose. Cet élément minéral sera travaillé, pour aboutir à la seconde pierre, puis morcelé comme le montre la troisième, pour faciliter les sublimations occasionnées par des rectifications successives, (c’est le sens du « R » de Rectificandoque (en rectifiant) de V.I.T.R.I.O.L.). La pierre brisée est aussi le signe de départ d’une nouvelle réunification nécessaire au retour progressif à la perfection d’origine (de l’Ordre à son apogée … ou de l’adepte lui-même).
  • Toujours sur le tapis de loge des premier et second grades, le soleil, la Lune et les étoiles illustrent parfaitement la phrase d’Hermès : Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas … par la volonté d’Un seul, pour le miracle d’une seule chose. Ils sont l’image de la parfaite unité du tout, mais aussi l’obligation d’arriver à l’union des deux luminaires (le roi rouge et la dame blanche, qui sont le soufre et le mercure, donc l’âme et l’esprit) pour la réalisation du grand œuvre. La dualité (le pavé mosaïque) n’est qu’apparente et temporaire, et c’est grâce au mariage des opposés, par l’attirance des contraires, que tout devient réalisable ; ce sont les bases même de l’alchimie, mais aussi les fondements d’une certaine physique élémentaire.
  • L’hexagramme flamboyant, tout comme le pentagramme, symbolise la quintessence, mais une forme de quintessence divine, puisque ici les deux triangles entrelacés représentent la perfection matérielle conjointe à l’idéal spirituel. Il ne s’agit donc plus du produit des quatre éléments réunis et purifiés de l’alchimie classique, mais d’une substance transcendée, issue de l’interaction « du matériel et du spirituel », une autre vision de la quadrature du cercle. Cette « sixième essence », si je puis dire, est d’une qualité supérieure à la cinquième : elle apporte une meilleure efficacité dans la transmutation de la Pierre des philosophes vers la Pierre Philosophale, c’est à dire l’« Or potable. »
  • La colonne brisée symbolise la chute de l’Ordre du Temple ; mais en alchimie sacerdotale, elle est l’image de l’homme debout, donc matériellement existant, rendu malgré tout incomplet, coupé de sa véritable nature, après le péché originel. Il a certes perdu une partie essentielle de lui-même, mais sa reconstruction avec l’aide de l’alchimie, devrait lui rendre son état premier, celui d’avant la chute. « Adhuc stat » confirme donc bien que tout reste possible, à condition d’y travailler avec sérieux ; et si, jusqu’ici, il tient bon, c’est parce qu’il a toujours en lui-même une trace inextinguible de la lumière originelle.
  • Thubalcaïn, l’un des premier a être investi des mystères de la « science des sciences » a été évoqué précédemment, inutile d’y revenir.
  • Au grade de Compagnon, il est question de nombreux épis de blé (Schibboleth), dont chaque grain mis en terre subit des transmutations identiques à celles de l’alchimie. Nous avons à faire à un cycle parfait, à l’image de mère nature, l’exemple le plus parlant aux adeptes sincères.
  • Les sept marches montrent au compagnon les voies à suivre pour parfaire sa condition. Les points communs, avec les sept obligations qu’exigent les trois œuvres, sont évidents.
    • L’obéissance, c’est le strict respect du chemin : pas question de dévier ou d’improviser, il faut obéir à la loi de l’art, selon un ordre immuable.
    • Le silence, exigé par la tradition, est un devoir sacré de l’adepte : il ne doit pas dévoiler des secrets qui, mal employés par des gens peu scrupuleux ou incompétents, risquent de devenir dangereux, par méchanceté ou par bêtise.
    • La constance, est peut-être la qualité la plus difficile à respecter en alchimie, car il y a, et il y aura toujours, des moments de doutes, une certaine lassitude, mais le bout du chemin est à ce prix.
    • La fraternité est capitale dans un art où rien n’est fait égoïstement, mais dans un esprit de partage avec des chercheurs sincères, frères souvent inconnus, mais dont l’égrégore est toujours si présent.
    • Le sens des responsabilités n’est pas un vain mot, car la moindre négligence peut être fatale. Tout ce qui est avancé doit être pesé, vérifié, pour ne pas tromper les autres, ni s’égarer soi-même.
    • La grandeur d’âme peut être appréhendée de deux façons : rien ne se réalise sans elle, dans un domaine sacré qui l’exige ; par ailleurs, nous l’avons vu : ce n’est qu’en « prenant conscience de cette âme et en l’aidant à grandir », que le cheminement vers le but suprême est possible.
    • La sérénité face à la mort n’est pas ou n’est plus un problème pour l’adepte : il sait que rien ne meurt et il en détient la preuve ; « la grande transition n’est en fait qu’une autre transmutation. »
  • Les sept marches représentent également les sept purifications requises, au minimum, pour accéder au Grand Œuvre.
  • Autre point remarquable dans l’instruction au grade de Compagnon, la question : D’où vient le vent ? Quel temps apporte-t-il ? La phase finale de l’œuvre au blanc fait apparaître « un dauphin » pris dans le bouillonnement de l’Athanor. D’un calme relatif, nous passons à la tempête, et seul le « rémora » pourra ramener un temps calme et serein, mais plus tard, lorsque toutes les conditions seront remplies, et les idées stabilisées.
  • Au grade de Maître, les choses se précisent encore : Les flammes du tapis rappellent le feu alchimique, ce feu « d’une double nature, » comme le précise un passage du rituel : Les flammes vous démontrent les deux qualités du feu de notre Ordre.
  • Les larmes qui décorent ce tapis évoquent le sel, ce sel de la vie qu’il ne faudra jamais mésestimer, ni négliger. En effet, sans le corps point de salut !
  • On y remarque aussi la tête de mort ou « caput mortuum, » objet important de l’œuvre au noir, car c’est l’autre symbole de la matière d’origine calcinée, au moment de l’extraction du mercure et du souffre, « par la cristallisation du sel. »
  • Le cercueil joue le rôle du cocon déjà vu. La mort sépare les éléments, d’où la phrase : la chair se détache des os, phénomène de dissociation alchimique. D’ailleurs, la branche d’acacia cède sous la main, preuve que la cohésion apparente n’est que temporaire, et sera suivie, irrémédiablement, d’une séparation. Le temple est en ruines, mais tous les éléments de sa réédification sont présents, pour une reconstruction idéale. Le maître est relevé par la réunification de ce qui a été séparé ; le « agero » après le « spao, » le « coagula » après le « solve. »
  • La houppe dentelée peut être vue comme le lien qui rend tout solidaire ; l’orateur la qualifie de « lien sacré, » nous l’appellons, nous, « esprit » ce qui montre une belle proximité d’idées.
  • Autre phrase clé : Qu’avez-vous vu ? Une branche verte sur les ossements restants ; comment mieux symboliser la défaite de la mort, que par un rameau vert émergeant de la décomposition ? Certes ce rameau provient d’un acacia, et non d’un olivier, mais le symbolisme reste très proche de celui du déluge. Il signale que le retour à l’état d’origine est imminent. D’ailleurs ne dit-on pas que l’acacia est un végétal capable de se régénérer par lui-même ?
  • Toujours au grade de Compagnon, le vent se déchaîne, amenant une tempête qui démâte notre vaisseau, comme il malmène le dauphin minéral dans la phase finale de l’œuvre au blanc ! Au niveau du maître, le calme revient, la mer est apaisée, car c’est la grande espérance, et même la certitude d’une alliance retrouvée. L’apaisement se justifie donc pleinement.
  • La couleur verte caractérise le grade de maître écossais, symbolisant à la fois l’Espérance et la nature, et pourquoi pas « l’espérance en la nature. » Si le rouge de la bordure est la couleur du dernier œuvre, le vert est le signe d’un espoir démesuré en sa réussite.
  • Le triangle que porte le vénérable marque la manifestation idéale et la création parfaite.
  • Notre pierre, déjà polie, préfigure la « pierre des sages » que nous désirons produire, et que nous voulons parfaite.
  • Hiram fut abattu pour avoir refusé de donner les mots de passe, et cette phase rappelle celle du fruit défendu de l’Eden : « la recherche, à tout prix, d’un savoir caché. » Lors de l’admission d’un maître chez les écossais, sa culpabilité est certaine, puisqu’elle résulte d’un grand désir de savoir, quel qu’en soit le coût. Mais l’apprentissage s’est révélé si difficile, qu’il lui sera beaucoup pardonné. Le parallèle avec le péché originel est flagrant, car l’homme ne pourra être absout que par un travail assidu et fervent, basé sur un savoir capable de grandes mutations. Notre maître intérieur peut et doit être ramené à la vie originelle, pour retrouver la pleine possession de sa gloire, par l’application stricte des règles alchimiques.
  • Le Lion sous un surplomb rocheux, emblème des écossais, est un indice de sa préexistence dans la pierre, depuis l’origine. L’Ars Magna, (autre nom de l’alchimie sacerdotale), enseigne en effet, que l’apparition du « lion vert » résulte d’une prise de conscience, mais en fait, les vertus qu’il veut mettre en exergue sont présentes depuis toujours dans « la pierre, » il suffit de les en extraire. Cette pierre contient, en puissance, les germes d’un devenir qui est, en réalité, un retour aux sources.
  • Ce Lion joue avec des instruments capables d’extraire les éléments nécessaires au travail alchimique ; du symbole « matériel et rigoureux » de l’équerre, au sens « spirituel » du compas, en respectant la règle, c’est le seul travail efficace pour « présumer du meilleur » ou plutôt pour « extraire le meilleur. »

Il y aurait encore beaucoup à dire sur les aspects alchimiques des rituels de la Stricte Observance, mais le temps est limité, et votre patience n’est peut-être pas extensible à l’infini.

Jehova vous donne Force et persévérance dans vos travaux futurs !

Tabliers alchimiques de Stricte Observance
[Cahier Pierre d'Aumont numéro 14, article quatrième]
Tabliers alchimiques de Stricte Observance
[Cahier Pierre d’Aumont numéro 14, article quatrième]
Salle des grades alchimiques
[Cahier Pierre d'Aumont numéro 14, article quatrième]
Salle des grades alchimiques
[Cahier Pierre d’Aumont numéro 14, article quatrième]