2017 cahier n°14 : La vraie maçonnerie d’adoption en 1787 vue par le frère Louis Guillemain de Saint-Victor

2017 cahier n°14 : La vraie maçonnerie d’adoption en 1787 vue par le frère Louis Guillemain de Saint-Victor

Le texte qui suit est tiré d’un ouvrage de Louis Guillemain de Saint-Victor, dont on ne sait d’ailleurs pratiquement rien, dont le titre complet est : La vraie maçonnerie d’adoption ; précédée de quelques réflexions Sur les loges irrégulières et sur la société civile, Avec des notes critiques et philosophiques : et suivie de cantiques maçonniques dédiée aux dames. Par un chevalier de tous les Ordres maçonniques.

EPITRE AUX DAMES

Mesdames,

Persuadé des sentiments des vrais maçons, mes concitoyens et mes frères, permettez-moi de vous adresser cet ouvrage comme une preuve authentique et de notre erreur et de votre Gloire.

Assez injustes pour avoir cru longtemps que des plaisirs fondés sur toutes les vertus étaient au-dessus des facultés de votre âme, et ne pouvant manquer de déplaire à un sexe que nous supposions n’avoir que la frivolité en partage, nous avons osé vous exclure de nos assemblées ; mais éclairés, et trop punis par l’isolation et l’ennui que votre absence nous a fait éprouver, nous sommes convaincus que le but de notre existence est de vivre avec vous, que nous devons être vos amis, et vous nos chères compagnes, que nous ne pouvons nous séparer de vous sans devenir stupides ou malheureux, et qu’étant, ainsi que nous, l’ouvrage du Créateur de l’Univers, vous avez de même un cœur, des sens, des désirs, de la raison, et la puissance d’en faire usage ; et qu’enfin, si tant de fois nous nous sommes arrogé le pouvoir de manquer aux devoirs de la société, ce n’est qu’en nous autorisant de la loi du plus fort, loi que nous avouons être criminelle lorsqu’on s’en sert à votre égard. Ainsi Mesdames, détruisant les sentiments ridicules qu’un faux amour propre nous avait donnés, nous vous reconnaissons aussi libres et aussi raisonnables que nous. C’est pourquoi nous rétablissons entre votre sexe et le notre les droits sacrés et respectifs de la société, et sur-tout la justice et l’indulgence (1) ; et c’est en les pratiquant et les conservants purs et tels qu’ils doivent être, que nous espérons trouver le bonheur que nous cherchons depuis si longtemps, commençant à nous apercevoir qu’il est le prix de l’estime réciproque et de l’amitié.

Voilà, Mesdames, ce que le petit nombre de vrais maçons pensent, et en même temps tout ce que les autres hommes devraient penser. Pardonnez-moi cependant ces vérités que la honte de notre conduite envers vous semble m’avoir arrachées. Je sais que votre douceur, vos vertus et vos grâces sont bien plus puissantes que mes faibles réflexions ; mais, si elles sont inutiles, daignez au moins les regarder comme une marque certaine du profond respect et des sentiments avec lesquels je suis et je serai toujours, Mesdames, Votre très-humble et très obéissant serviteur.

G***

(1) Il est certain que le premier fondement de la société est la loi naturelle : Ne faîtes à personne que ce vous voulez qui vous soit fait. Mais comme la perfection des êtres est une chimère, il faut encore de l’indulgence pour nous pardonner mutuellement quelques faiblesses inséparables de l’humanité.

La vraie maçonnerie d’adoption ; précédée de quelques réflexions Sur les loges irrégulières et sur la société civile, Avec des notes critiques et philosophiques : et suivie de cantiques maçonniques dédiée aux dames. Par un chevalier de tous les ordres maçonniques
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