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Le bijou de l’Orateur en loge : un livre ouvert
[GLRR : collection privée]

Juillet 2019

A L’aube de la Franc-Maçonneire allemande, l’empreinte française

Dans le cadre d’une étude des loges allemandes franc-maçonniques ayant pu travailler au rite de Stricte Observance, une première observation s’impose de suite. On est alors surpris de constater que nombre d’entre d’elles travaillent en langue française.

Ce fait n’a rien de surprenant car on s’aperçoit très vite qu’au XVIIIième siècle la langue européenne était le Français. C’était aussi bien la langue des artistes, des savants que celle des lettrés aussi bien à la cour de Berlin que dans beaucoup d’autres endroits.

La révocation de l’édit de Nantes a fait fuir les français hors de France et nombre d’entre eux se sont réfugiés en Allemagne et y ont apporté la langue française. La langue française a ainsi circulé et elle fut adoptée dans les cours européennes et surtout au siècle des Lumières.

Au 18ième chaque cour voulait avoir son philosophe français : Voltaire à la cour de Frédéric II, Diderot à la cour de Russie. Le français qui était d’abord la langue de Paris, la langue du roi de France est devenue la langue de l’Europe, la langue de la conversation parce que ceux qui servent à la diffuser, ce sont les auteurs français, les idées qu’ils portent. Aucun homme d’état n’aurait voulu passer pour ignorer la langue de Corneille et de Diderot. Le français était alors, comme il est encore, l’instrument de précision par excellence de la pensée humaine.

C’est ainsi que l’on trouve parmi les francs-maçons allemands beaucoup de noms français et traces de cette influence de la langue française.

A titre anecdotique nous allons étudier quelques loges allemandes de l’époque, travaillant en langue française.

  • La loge « Absalon zu drei Nesseln » (Absalon aux trois orties) a été crée à Hambourg le 6 février 1737. Son fondateur principal fut le Frère Charles-Jacques-Louis Sarry, fonctionnaire de la monnaie royale sous le règne de Frédéric II qui naquit à Berlin en 1716. Cette loge de langue française travailla ensuite au rite de Stricte Observance Templière.
  • La loge « Zu den drei goldenen Schwestern » à l’orient de Dresde avait comme membre connu le comte Bellegarde et le secrétaire de l’ambassade de France M. d’Ecombes. Elle travailla également ensuite au rite de Stricte Observance Templière.
  • Juste une petite mention particulière pour la loge de Bayreuth fondée par les membres de la Comédie française et de l’Opéra de Bayreuth « Uriotino ». Elle fut au départ une loge irrégulière. Son fondateur était le nancéien Joseph Uriot. Mais le 21 janvier 1741, les membres de cette loge ayant pour nom « Loge du château de Bayreuth », dans un protocole écrit en français, élisait comme Vénérable Maître de Loge perpétuel le margrave Frédéric de Brandebourg Culenbach.
  • L’année 1740 vit la fondation de la loge « Aux Trois Globes » que l’empereur Frédéric II érigea d’ailleurs en Grande Loge était également au départ de langue française. Elle eut pour 1er surveillant Paul Benezet et comme 2ième surveillant Jean Serre.
  • La loge « L’Union » (zur Einigkeit) à l’orient de Francfort sur le Main fut de langue française. Cette loge qui reçut comme apprenti le baron de Hund ne travailla jamais au rite de Stricte Observance ni ne fit partie de l’Ordre du baron Von Hund.
  • Fondée en avril 1746, la loge « Aux Trois Ancres » à l’orient de Koenigsberg travaillait en langue française et a compté parmi ses membres un certain Guy, tenancier de son état du « café des francs-maçons » en la même ville.
  • Une loge fondée en 1758, la loge « Les enfants de Mars » à l’orient de Wesel se disant d’ailleurs sous l’influence de Charles Edouard Stuart, si on se réfère au timbre de la loge travaillait également en langue française.
  • La loge « Saint Charles de l’indissoluble amitié » à l’Orient de Brunswick, nommée ainsi en l’honneur du duc régnant Charles fut fondée en 1764 par un comédien français, le frère Lebœuf. Le protecteur de cette loge de langue française fut Ferdinand de Brunswick qui était un maçon très bienveillant. D’ailleurs, pour clore ce propos comment ne pas résister à cette dernière anecdote : Ferdinand de Brunswick avait également une loge travaillant en langue française « Charles à la concorde » fondée par le conseiller de cabinet Liebeherr.

Force est de constater que des loges allemandes travaillaient en langue française. S’il était de bon ton de parler en langue française dans les cours européennes il ne fait pas perdre de vue non plus les exilés suite à la révocation de l’édit de Nantes et les nombreux français prisonniers en Allemagne à cette époque qui fréquentaient les loges maçonniques et nous pouvons citer comme exemple le frère Claude-Joseph Villebourg, capitaine d’infanterie qui fut initié à Magdebourg le 4 mars 1758.

La médaille de la Loge Absalon zu drei Nesseln

Cahier de Recherche Pierre d’Aumont numéro 13.